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Gestion solitaire et autocratique: Macky brandit le sabre et sacrifie à tout-va

22/10/2019


 
La déclaration de la délégation sénégalaise présentant le 5e rapport devant le Comité des droits de l’homme de l’Onu, annonçant la possibilité de réhabiliter Karim Wade a fait long feu et a même coûté leurs postes à ses auteurs. La machine a grippé de manière impromptue, remettant en cause les acquis des retrouvailles entre Me Wade et Macky Sall.
 
Le charivari suscité par la promesse faite aujourd’hui et retirée le lendemain par le gouvernement du Sénégal de réhabiliter Karim Wade ne cesse d’alimenter les débats. Car personne ne comprend encore les raisons de la volte-face des autorités sénégalaises qui, devant le Comité des droits de l’homme des Nations-Unies, ont affirmé urbi et orbi être prêtes à réviser le procès de l’ancien ministre des Infrastructures et même à le dédommager s’il y a lieu. Mais qui, sitôt la déclaration rendue publique, sont revenues sur celle-ci ou, pour le moins, ont fait entendre un autre son de cloche, par le biais du ministère des Affaires étrangères, pour dire qu’aucun engagement n’a été pris dans le sens indiqué par la délégation sénégalaise à Genève. Or, le constat immédiat, c’est que deux départements ministériels, comme dans l’affaire déjà relevée du visa d’entrée au Sénégal, ont défendu deux positions contradictoires dans une même affaire. Il s’agit du ministère de la Justice et du ministère des Affaires étrangères, dont les plénipotentiaires ont composé la délégation du pays qui a présenté le 5e rapport devant le Comité des droits de l’homme des Nations-Unies. Il s’agit de la ministre Conseillère Fatou Gaye, auprès de la Mission sénégalaise auprès des Nations-Unies, qui relève évidemment du ministère des Affaires étrangères, d’une part et, d’autre part, des magistrats Moustapha Ka, directeur des Droits de l’homme et Samba Ndiaye Seck, directeur de Cabinet du secrétaire d'État chargé des Droits humains et de la bonne Gouvernance, chef de la délégation, qui relèvent de la Chancellerie. 
 
L’envers du décor
 
«Le Sénégal ne refuse pas d’indemniser, mais pourvu que l’intéressé puisse venir se présenter afin que les juges compétents puissent déterminer l’ampleur du préjudice. On est prêts. Si l’intéressé saisit les juridictions compétentes en vue de sa réparation, il n’y a aucun obstacle à ce que cette réparation soit allouée par l’État du Sénégal», avait soutenu le directeur des Droits de l’homme devant le Comité. «La délégation sénégalaise n’a, en aucun cas et sous quelque forme que ce soit, pris des engagements allant dans le sens d’une "réhabilitation" de Karim Wade, ou d’une "réparation" d’un "préjudice" qu’il aurait subi», rétorquera à la suite le communiqué rendu public par le ministère des Affaires étrangères. On aurait pu donc penser, à entendre le démenti des services du ministre Amadou Ba, qu’il y a eu cacophonie au sein de la délégation du Sénégal, chose peu probable en diplomatie, où les membres des délégations se concertent en permanence avec leur hiérarchie. Mais il n’en est apparemment rien, puisque le ministère de la Justice a vite fait de rendre publique la convocation de ses plénipotentiaires pour s’expliquer sur «les déclarations» faites à Genève. Pour dire que c’est le gouvernement dans son entièreté qui renie ces positions défendues devant le Comité des droits de l’homme des Nations-Unies par les membres de la délégation sénégalaise. La conséquence ne s’est donc pas fait attendre, puisque les plénipotentiaires du ministère de la Justice ont été limogés. Fin du premier acte.
Maintenant, il s’agit de passer à l’envers du décor. Car cette affaire concerne Karim Wade, dont le père Me Abdoulaye Wade est présentement dans un processus de retrouvailles avec le Président Macky Sall, acté depuis l’inauguration de la mosquée Massalikul Jinaan sous l’égide du Khalife général des Mourides, puis consolidé par la visite rendue par le pape du Sopi à son successeur au palais de la République. D’un point de vue juridique, le collectif des avocats de Karim Wade est vite monté au front, dès le démenti du ministère des Affaires étrangères, pour rappeler à l’Etat du Sénégal ses obligations et engagements vis-à-vis du Pacte et déplorer la volte-face des autorités sénégalaises. Mais, c’est au plan politique qu’l faut aller chercher les réponses aux questions. En effet, si dans ce qui est visible et audible de leurs retrouvailles, Me Wade et Macky Sall n’abordent pas la question de la réhabilitation de Karim Wade, tout le monde sait qu’elle est au centre du débat entre les deux hommes. Or, donc, si les plénipotentiaires qui se sont rendus à Genève, quatre jours après la visite de Wade au palais, ont avancé les bonnes dispositions de l’Etat à réviser le procès de Karim, tout le monde avait cru que cela entrait en droite ligne du processus d’apaisement clamé partout par le Président Sall.
 
Le succédané de l’amnistie
 
Que nenni ! Un grain de sable que personne n’arrive pour le moment à détecter est venu gripper la machine qui devait fournir au pouvoir un porte de sortie honorable dans cette affaire qui, en définitive, lui a valu d’être désavoué à plusieurs reprises par des juridictions internationales. D’aucuns avaient même susurré que ce passage devant le Comité allait servir d’ultime moyen pour remettre en selle Karim Wade, qui passerait à la blanchisserie sans que cela ne donne l’air d’être un résultat du deal entre Me Wade et Macky.
En fin de compte, il va falloir trouver autre chose, qui ne nécessite pas de rejuger l’ancien ministre des Infrastructures, ni de penser à le dédommager pécuniairement. Par exemple, même si les avocats de Karim Wade ne veulent pas en entendre parler, revenir à la bonne vieille méthode de l’amnistie. Celle-ci ayant l’avantage d’être impersonnelle et de couvrir des délits et une période qui pourraient englober certaines dérives du régime Sall.
Mansour KANE

LE MINISTRE DE LA JUSTICE ENVOIE SES EMISSAIRES A L’ECHAFFAUD
Samba Ndiaye Seck et Moustapha Ka les agneaux du sacrifice 
 
 
A la suite du démenti aux allures de tergiversations du ministère des Affaires étrangères sur les engagements pris par la délégation sénégalaise devant le Comité des droits de l’homme des Nations-Unies à Genève, lors de la présentation du 5e rapport périodique du Sénégal, le ministère de la Justice s’est invité dans cette cacophonie au sommet pour «couper des têtes». Et les agneaux du sacrifice ne sont personne d’autre que le chef de la délégation et non moins directeur de Cabinet du secrétaire d’Etat chargé de la Promotion des Droits humains et de la bonne Gouvernance, Samba Ndiaye Seck, ainsi que Moustapha Ka, directeur des Droits humains. Tous deux, envoyés à la guillotine pour «payer la faute» d’avoir pris des engagements sur le dos de… l’Etat. Une éviction signée par le garde des Sceaux, ministre de la Justice, Me Malick Sall. Celui qui aurait dû représenter le Sénégal au Comité des droits de l’homme, comme ce fut le cas, l’année dernière, avec son prédécesseur Ismaïla Madior Fall. 
Cependant, au-delà de cette absence - du ministre - qui intrigue, force est de reconnaitre que le travail abattu et le discours prononcé par ces émissaires engagent notre pays devant le Comité des droits de l’homme des Nations-Unies. En effet, cette position défendue par la délégation sénégalaise, le 15 octobre dernier, n’est pas sortie ex-nihilo. Depuis un an que l’arrêt du Comité des Nations-Unies a été notifié au Sénégal, les experts du ministère de la Justice ne sont pas restés les bras croisés à attendre la 127e session pour servir des réponses sorties de la cuisse de Jupiter. Au contraire ! C’est un travail collégial de longue haleine qui a été abattu en amont, en parfaite intelligence avec la hiérarchie, qui a été présenté aux membres du Comité des droits de l’homme des Nations-Unies. Par conséquent, la délégation sénégalaise n’a fait que conforter la position officielle de l’Etat du Sénégal dans cette affaire Karim Wade. A la suite de ces limogeages tous azimuts, l’Etat envisage-t-il de se rattraper par une contre-déclaration sur l’affaire Karim Wade devant le Comité des droits de l’homme des Nations-Unies ? Une volte-face qui serait incongrue et invraisemblable. En tout cas, du côté du Comité des droits de l’homme des Nations-Unies où les réponses du Sénégal ont été déjà enregistrées, l’on s’attend plus à ce que cette kyrielle d’engagements soit respectée. Affaire à suivre …   
M. CISS  
 


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