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LAMINE DIACK SUR LE VERSEMENT DE 3,5 MILLIONS DE DOLLARS A PAPA MASSATA DIACK POUR L’ORGANISATION DES MONDIAUX D’ATHLETISME AU QATAR : «Je trouve cela anormal. Je suis tombé des nues»

09/10/2019

 Accusé de corruption passive et blanchiment de capitaux, Lamine Diack a fait face à la justice française en juin dernier. A la barre, l’ancien président de l’Iaaf a mouillé son fils en affirmant qu’il est tombé des nues lorsqu’il a su les agissements de Pape Massata Diack.

Alors que son procès est prévu pour le 13 janvier 2020, à Paris, Lamine Diack a été entendu en juin dernier par le juge Renaud Van Ruymbeke. Un face-a face avec le juge, auquel «l’Équipe» a consacré un large dossier. Et s’il avait longtemps défendu bec et ongles son fils Papa Massata Diack, l’ancien président de l’Iaaf a changé son fusil d’épaule. Il a littéralement condamné son rejeton, auteur d’agissements qu’il a qualifiés d’anormaux. Le magistrat, comme pour lui rafraichir la mémoire, lui a affirmé que Pape Massata Diack avait reçu d’importantes sommes d’argent à l’occasion de votes du Cio pour les Jeux olympiques et de l’Iaaf pour les championnats du monde «sans réaliser la moindre prestation» au titre de consultant de l’Iaaf. Selon un décompte du magistrat instructeur, le patron de Pamodzi a perçu, entre 2009 et 2013, via ses sociétés, près de 11 M $ (10 M €)». Naturellement, Lamine Diack a dédouané son fils, en assurant que cette somme correspond à du ‘’lobbying’’. «Je savais qu’il faisait du lobbying, comme Sébastian Coe. Mon fils était un des meilleurs au monde en matière de marketing», a indiqué l’ancien patron de l’Iaaf. Un avis que ne partage pas Helmut Digel, alors vice-président de l’Iaaf en charge des commissions du marketing et des droits télévisés, qui, entendu comme témoin en mars dernier par le juge Van Ruymbeke, s’était outré du comportement de Diack fils en 2004.

«Je savais qu’il faisait du lobbying comme Sébastian Coe. Mon fils était un des meilleurs au monde en matière de marketing»

Et l’ancien professeur de sociologie de revenir sur un épisode lié à la candidature de Stuttgart pour l’organisation de la Coupe du monde des nations d’athlétisme en 2006 (attribuée à Athènes, Stuttgart se contentant de la finale mondiale). A l’époque, selon Digel, «Pape Massata Diack a demandé une série de paiements» pour un total de près de 370.000 euros pour soutenir la candidature de la ville allemande. Une requête que le maire de la ville de Stuttgart avait qualifié de «folie». Helmut Digel, pour prouver sa bonne foi, a même remis à la justice française des documents dans lesquels le fils de Lamine Diack détaillait ses demandes financières. Mis au courant des agissements de son rejeton, Lamine Diack était sorti de ses gonds et avait convoqué une réunion en février ou mars 2005 dans un hôtel à Monaco, afin de mettre un terme aux agissements de son fils. «Le président Lamine Diack était choqué et énervé et a dit à son fils que si un tel document était rendu public, c’en serait fini de lui comme président», relate Digel, au cours de son audition. Et de poursuivre : «il lui a interdit à l’avenir d’entreprendre une telle action tout seul. Nous avons convenu que l’agence Pamodzi (une societé de Massata) ne pourrait intervenir que si elle était missionnée pour cela». Seulement, Pape Massata poursuit son travail pour le compte de l’Iaaf. Des propos que Lamine Diack a battu en brèche lorsque le juge l’a interrogé sur les demandes d’argent de son fils à la ville de Stuttgart. «M. Digel raconte des histoires», a balayé Lamine Diack d’un revers de la main.

«Je découvre certaines choses, je tombe des nues»

Ce dernier de mettre tout sur le dos de Digel. «C’est lui qui avait tout pouvoir. On a eu cette réunion. Cela m’a choqué, mais c’était Digel qui était entièrement responsable (…) Mon fils dépendait de M. Digel (…) Digel aurait pu mettre fin à toute collaboration avec lui, il ne l’a pas fait (…)», a indiqué Lamine Diack, qui regrette de n’avoir pu dire stop à son fils. «J’ai dit à mon fils que c’était une connerie (…) Après coup, je me suis dit que j’aurais dû surveiller plus mon fils et d’autres. En lisant le dossier, je découvre certaines choses, je tombe des nues», déclare-t-il au juge. Relancé par le magistrat sur l’attribution des Mondiaux 2017 et 2019, Lamine Diack souligne que le «Qatar disait qu’il apporterait un sponsor, la Qatar National Bank, qu’il allait faire des pistes d’athlétisme dans plusieurs pays et payer les primes aux athlètes à la place de l’Iaaf». Pour autant, Lamine Diack assure qu’il roulait pour Londres. Il a donc demandé à Sébastian Coe d’appeler le ministre britannique pour qu’ils prennent en charge les primes des athlètes pour gagner (…). «Doha était persuadé qu’ils allaient gagner puisqu’ils apportaient la Qatar National Bank, 30 millions d’euros, payaient les athlètes 7,5 millions et créaient 12 pistes. Avant le vote, le Qatar ne s’est pas proposé pour 2019, ils voulaient 2017. J’aurais pu dire au moment du vote qu’on réservait 2019 au perdant, mais le Qatar n’en voulait pas», indique l’ancien athlète sénégalais. Affirmant qu’il entretenait une relation privilégiée avec l’ancien émir du Qatar, qui était un ami et un mordu d’athlétisme, Lamine Diack raconte que son fils, du temps d’ISL (une société suisse de marketing sportif), était allé à Doha ou il s’était occupé du premier tournoi de tennis et il a découvert que l’émir était passionné d’athlétisme. Un jour, l’émir l’a invité à passer une journée en famille dans le désert. «Lui, j’aurais pu lui demander de payer des pistes etc. C’était bien avant, il y a longtemps. Avant son abdication. L’émir était malade». Avant de préciser que, plus tard, son interlocuteur «était le secrétaire du Comité national olympique du Qatar, le Cheikh Saoud al-Thani». Ce dernier qui dirigeait la délégation est venu au moment du vote voir Lamine Diack. «Je ne lui ai pas dit que je soutenais Londres, mais ils tentaient leur chance. Le lendemain (du vote), il est venu me voir pour qu’on prévoie 2019. Mais je lui ai répondu que les membres du conseil de l’Iaaf étaient partis et que c’était trop tard», déclare-t-il.

«J’aurais dû plus surveiller mon fils et d’autres»

Interrogé sur les raisons qui ont poussé Massata Diack à toucher, via la société Oryx QSI, 3,5 millions de dollars du Qatar avant le vote de désignation de la ville hôte, Lamine Diack répond qu’il ne sait pas. «Trouvez-vous cela normal ?», lui lance le juge Van Ruymbeke. «Non, je ne trouve pas cela normal. Je tombe des nues», déclare-t-il. De son coté, Helmut Digel a conclu son audition du mois de mars en relatant avoir été «surpris par le vote prématuré de 2015» accordant les Mondiaux 2021 à Eugene (Etats-Unis), qui ne disposait que «d’un stade ancien et n’avait pas de structures hôtelières. Ce vote était surprenant».


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